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> Presse Valeurs actuelles : Ce lâche soulagement par Denis TILLINIAC
L'incapacité de la droite à affirmer clairement ses convictions constitue l'une des causes de la crise de notre démocratie. La question du mariage des homosexuels est parfaitement révélatrice de cet état de fait. L'écrivain Denis TILLINAC, à l'occasion d'une tribune libre parue dans l'hebdomadaire Valeurs Actuelles du 28 mai 2004, a mis en lumière les carences de la droite. Nous publions ce texte dans son intégralité.
Ce lâche soulagement...
par Denis Tillinac
L'hostilité sans réserve exprimée par Jospin quant au mariage des homosexuels obéit peut-être à des motivations tactiques internes à la gauche. Elle n'en a pas moins provoqué, dans les rangs de la droite, un lâche soulagement : s'il a dit cela, lui, aussi nettement, on peut peut-être le murmurer. Car depuis que la provocation puérile de Mamère a lancé ce débat, on a entendu Strauss-Kahn et Fabius rivaliser de démagogie, Emmanuelli et Madame Royal renâcler. A droite, silence dans les rangs. Perben s'est retranché derrière la loi, c'était le moins qu'on pouvait attendre du garde des sceaux. Mais aucun responsable de la majorité n'a osé affirmer à haute voix ce que tous ou presque pensent en leur for.
Une fois de plus, une position de principe n'accède en France à la légitimité morale que lorsqu'une conscience brevetée à gauche daigne l'accréditer. Pourtant, si le clivage garde un reste de pertinence, c'est bien sur un sujet de cet ordre, qui met en jeu la structure de la famille, le sens de la parenté et la culture du genre. Sujet nullement anodin. Jospin a osé affirmer que le désir d'enfant n'est pas un absolu auquel tout doit être soumis. Il a raison, contre l'égocentrisme qui tient lieu d'idéologie à la gauche française, depuis les années soixante-dix. Mieux : il a osé laisser entendre qu'un mariage, ça concerne par définition l'union d'un homme et d'une femme. Une assertion aussi réactionnaire, qui à l'aune des branchés, reflète le bon sens le plus beauf, aurait fait l'objet de sarcasmes ricanants si elle avait été énoncée par un ministre ou un parlementaire de la majorité.
Aucun téméraire n'a couru ce risque. De Hollande à Roudinesco en passant par tous les disciples de Derrida, le principe du mariage homo a été approuvé dans toutes les tribunes du cléricalisme de gauche. Non sans cohérence : quand on ne croit plus à rien, pourquoi ne pas aller au bout du non-sens individualiste ? A droite, on s'est planqué, espérant sans doute que Christine Boutin, Villiers ou Millon iraient confirmer leur obscurantisme en proclamant que le mariage est hétéro ou non avenu. En privé, on leur donne souvent raison - mais pas question de désobliger les médias lourds. Enfin, Jospin s'exprima. Depuis, quelques voix droitières ânonnent, en feutrant leurs arguments, ce qu'elles auraient dû clamer haut et fort lorsque Mamère balança son pétard médiatique. Pauvre droite ! Elle a tellement peur d'être ringardisée par les amoralistes bobos qu'elle escamote les rares occasions politiques d'affirmer un semblant de substance.
Que des homosexuels demandent à la société de prendre en compte les modalités de leur vie commune (fiscalité, retraite, héritage, etc.), tout le monde y souscrit. Mais le mariage, c'est autre chose. On peut l'envisager sous l'angle religieux ou civil ; dans les deux hypothèses, il outrepasse le désir des individus parce qu'il relève d'une filiation et présume une descendance. Bref, son enjeu s'inscrit dans le registre symbolique de la mémoire et de la pérennité, avec un arrière-plan d'altérité sexuelle.
Dans aucune civilisation, le mariage n'a été une union profane ; il recèle toujours une part de solennité, pour ne pas dire de sacré. C'est un acte socialement fondateur. Ces évidences ont été rappelées par un ancien militant trotskiste, athée déclaré, socialiste tenu pour rigide. Elles auraient dû l'être par ses adversaires politiques. Ils se sont planqués.
Décidément, ceux qui dans ce pays en se sentent pas politiquement corrects pour des raisons de fond n'ont rien à espérer d'une droite aussi pusillanime. Et comme ils n'ont rien à espérer non plus de la gauche moderne, il ne faut pas s'étonner si leur conscience de citoyen cherche hors le champ politique de quoi s'épanouir.
     
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Valeurs actuelles : Ce lâche soulagement par Denis TILLINIAC |
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