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Elections européennes : analyse et résultats


Entre le 10 et le 13 juin 2004, plus de 350 millions d'électeurs des 25 pays de l'Union étaient appelés à désigner les 732 députés du Parlement Européen de Strasbourg.

LES DONNEES A L'ECHELLE DE L'EUROPE
Une participation faible
La principale caractéristique de ce scrutin aura été la faiblesse du taux de participation qui a atteint 45,5 % sur l'ensemble du territoire européen.
Cet élément confirme la tendance que l'on observe depuis 1979, année de la première élection du Parlement Européen au suffrage universel :
Elections Européennes
Taux de participation (en %) au niveau européen
1979 1984 1989 1994 1999 2004
63 61 58,5 56,8 49,8 45,5


Une démobilisation particulièrement marquée dans les pays nouvellement adhérents
Le taux de participation varie considérablement d'un pays à l'autre : cela va de 91 % en Belgique et au Luxembourg à 17 % en Slovaquie. Il est paradoxal de constater que l'abstention est très forte parmi les pays qui viennent d'être admis au sein de l'Union.

Elections Européennes 2004
Taux de participation (en %)
Belgique 90,8
Luxembourg 90,8
Malte 82
Italie 73,1
Chypre 71,2
Grèce 63,2
Irlande 61
Danemark 47,9
Espagne 46
France 43,1
Allemagne 43
Autriche 41,8
Lettonie 41,2
Finlande 41,1
Lituanie 39,4
Pays-Bas 39,1
Royaume-Uni 38,9
Portugal 38,7
Hongrie 38,5
Suède 37,2
Slovénie 28,3
République Tchèque 28,3
Estonie 26,7
Pologne 20,8
Slovaquie 17
Ensemble de l'Union 45,5


Un Parlement sans majorité politique homogène mais favorable à la constitution européenne
A gauche, le groupe dominant est celui du PSE (Parti Socialiste Européen) qui devrait compter 200 membres. Il devance le groupe des Verts (42 députés) et le groupe GUE (Gauche Unitaire Européenne) qui réunit 39 élus parmi lesquels figurent les représentants des partis communistes.
A droite, la grande majorité des députés sont regroupés au sein du groupe PPE-DE (Parti Populaire Européen - Démocrates Européens) dont l'effectif devrait se situer à 276 membres parmi lesquels figurent les élus français de l'UMP et de l'UDF . A ses côtés se trouve le groupe ELDR (Parti Européen des Libéraux Démocrates et Réformateurs) qui pourrait totaliser 67 membres.
Au titre des souverainistes et des eurosceptiques, il existe deux groupes : le groupe UEN (Union pour l'Europe des Nations) qui compte 27 membres et le groupe EDD (Europe des Démocraties et des Différences) qui en compte 15.
Enfin, à ce jour, il y a 66 députés - parmi lesquels les élus du MPF et du FN - qui sont non-inscrits mais qui pourraient, dans les jours à venir, rejoindre l'un ou l'autre des groupes existants.
LES RESULTATS EN FRANCE
Une participation qui décline
Comme sur l'ensemble du territoire européen, la participation électorale en France a atteint son niveau le plus bas depuis 1979 :
Elections Européennes
Taux de participation (en %)
1979 1984 1989 1994 1999 2004
60,8 56,7 48,8 52,7 46,7 43,1

La participation a été particulièrement faible dans la région Sud-Est (40,4 %) et dans la région Est (40,9 %). Le cas de l'Outre-Mer (18,2 % de participation) doit être considéré de façon spécifique.
Un mode de scrutin totalement inadapté
L'idée de vouloir diviser la France en 8 grandes circonscriptions - ne correspondant à aucune réalité économique, sociologique ou administrative - a contribué à étouffer le débat et à multiplier les candidatures.

Un rapport de forces favorable à la gauche...
Sur le plan national, le poids des forces politiques s'établit ainsi :
Extrême gauche 3,3 %
Gauche plurielle 43,0 %
Divers 6,2 %
Droite 37,4 %
Extrême droite 10,1 %

... au sein de laquelle le PS domine largement
A l'intérieur de la gauche, dans le prolongement des élections régionales de mars 2004, le PS confirme son rôle de parti dominant :
PS 28,9 %
PC 5,2 %
Verts 7,4 %
Divers gauche 1,5 %

La droite éclatée
Au sein de la droite, l'UMP n'a pas réussi à s'imposer comme le parti dominant. Bien au contraire, l'UDF - en utilisant à bon escient ses convictions européennes - parvient à progresser notablement et à s'imposer comme un concurrent crédible de l'UMP :
UMP 16,6 %
UDF 12,0 %
MPF 6,7 %
RPF 1,7 %
Divers droite 0,4 %

Cette situation de la droite éclatée démontre à l'évidence qu'il ne suffit pas de fusionner des partis ou d'affirmer que l'on a vocation à être un grand mouvement de rassemblement pour parvenir à l'objectif. Ce sont les modes de scrutin qui façonnent le paysage politique. La représentation proportionnelle et, à un degré moindre, le scrutin majoritaire à deux tours, sont des modes de consultation qui entraîneront toujours un multipartisme plus ou moins abondant. Seule l'instauration du mode de scrutin majoritaire à un tour est en mesure de conduire, de façon quasi mécanique, au bipartisme.
La gauche majoritaire en sièges
Les 78 députés européens élus le 13 juin en France se répartissent ainsi :
PS 31

PC 3 40
Verts 6
UMP 17

UDF 11 31
MPF 3
FN 7

La confirmation des élections régionales de mars 2004
Les élections européennes confirment et, dans une certaine mesure, amplifient les résultats constatés lors des élections régionales de mars 2004 :
Régionales
Mars 2004 (%) Européennes
Juin 2004 (%) Δ
Extrême gauche 4,6 3,3 - 1,3
Gauche 40,3 43 + 2,7
Divers 3,5 6,2 + 2,7
Droite 35 37,4 + 2,4
Extrême droite 16,6 10,1 - 6,5

La gauche plurielle et la droite institutionnelle progressent respectivement de 2,7 et 2,4 points. De sorte, le rapport droite-gauche reste relativement stable et confirme le regain de vitalité de la gauche.
La seule différence notable réside dans la baisse de l'extrême droite (- 6,5). Deux explications peuvent être avancées :
- d'une part, les élections européennes ne sont jamais une consultation favorable au Front National ;
- d'autre part, la présence des listes souverainistes (de Villiers, Pasqua) a sans doute détourné une partie de l'électorat traditionnel de l'extrême droite.
La légère décrue du vote anti-européen
La comparaison des résultats des élections européennes de juin 2004 avec celles de juin 1999 confirme un certain nombre d'observations qui ont été faites précédemment. Elle montre aussi un léger reflux des listes qui expriment des réticences fortes à l'égard de la construction européenne.
Européennes
Juin 1999 (%) Européennes
Juin 2004 (%) Δ
Extrême gauche 5,2 3,3 - 1,9
PS + PRG 21,9 30,4 + 8,5
PC 6,8 5,2 - 1,6
Verts 9,7 7,4 - 2,3
Divers 5,4 4,9 - 0,5
CPNT 6,8 1,7 - 5,1
UDF 9,3 12 + 2,7
UMP (RPR/DL) 12,8 16,6 + 3,8
MFP-RPF 13,1 8,4 - 4,7
Extrême droite 9 10,1 + 1,1
100
100


En guise de conclusion
Des élections européennes de juin 2004, l'on peut tirer les enseignements suivants :
- le désintérêt croissant des Français pour la construction européenne dont les enjeux ne sont pas clairement exposés par les responsables politiques ;
- la condamnation de l'action gouvernementale qui profite au parti socialiste considéré comme la force d'alternance la plus crédible ;
- l'échec de l'UMP dans sa tentative de devenir une grande formation rassemblant les sensibilités gaulliennes, libérales et démocrate-chrétiennes ;
- la percée de l'UDF qui sort de sa marginalisation et qui devient un partenaire de l'UMP au sein de la majorité parlementaire ;
- l'enracinement du Front National qui, en dépit d'un contexte peu favorable, maintient globalement ses positions.






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